Nicolas Brulhart & Sylvain Menétrey

L’exposition collective Accept Baby, les expositions monographiques d’Alan Schmalz, Appareils de récréation, Patrimoine – forthcoming (dec. 8th 2017) de Guillaume Maraud et Under the wing de l’artiste londonien Tom Humphreys et le projet collaboratif Frode Café, exposition, restaurant et infokiosque des artistes genevois Linda Voorwinde et Léo Wadimoff, sont quelques-uns des évènements organisés par Sylvain Menétrey et Nicolas Brulhart, les curateurs actuellement en charge de l’espace d’art indépendant FORDE à Genève.

Le duo s’est formé en 2014 autour du projet Metarave, lieu d’art co-fondé par Nicolas Brulhart au Wall-Riss, à Fribourg. Sylvain Menétrey et Nicolas Brulhart exposent, recherchent et publient dans un même mouvement, mettant en rapport culture du technologique et épuisement du capitalisme. Ensemble avec les artistes qu’ils invitent, ils envisagent «l’exposition comme forme forte, et le jeu du texte comme arme intellectuelle. Notre programme est truffé de pistes, d’une polyphonie préoccupée par la mise en perspective et la prolongation des stratégies queer et des cultures alternatives.»

SAA: Pourquoi y a-t-il besoin de faire un travail de médiation pour l’art

SM&NB: La médiation peut avoir mauvaise presse, surtout quand elle consiste à atteindre des objectifs statistiques ou à légitimer des soutiens. Mais en soi, l’art est concerné essentiellement par la problématique de la médiation, dans son rapport critique à la communication notamment. Il s’agit aussi de permettre à des positions artistiques et politiques radicales de trouver une plateforme, ainsi que de reformuler des généalogies historiques partiales.

SAA: Comment approchez-vous une œuvre d’art que vous désirez présenter?

SM&NB: Nos expositions se développent souvent à partir de découvertes, de sentiments, d’intuitions qui se dégagent de conversations assez générales sur le contemporain, sur l’état des choses, de l’art ou du monde. Les œuvres nourrissent ces intuitions. On approche une œuvre qui nous plaît toujours avec fascination et timidité. Il y a un jeu de séduction et d’apprivoisement réciproque. Au final, on essaie de la respecter en créant un contexte qui va lui permettre d’exprimer ses problématiques propres.

SAA: Qu’est-ce qui vous motiverais à écrire ou parler d’une œuvre que vous n’aimez pas?

SM&NB: Les questions esthétiques, politiques, sociales qu’elle soulève. Surtout le sentiment que quelque chose d’injuste la constitue, quelque chose de mauvais, que ce soit sexiste ou raciste. Mais aussi que quelqu’un nous invite à le faire; que les plateformes qui offrent des espaces aux critiques existent, et que les reviews ne se limitent pas à la publicité.

SAA: Pouvez-vous décrire comment la dernière œuvre que vous avez beaucoup aimé vous a marqué?

SM&NB: Nous avons conçu notre exposition d’hiver 2017 autour d’une œuvre : une peinture de 1983 de l’artiste allemand Hans-Jörg Mayer, un monochrome argenté sur lequel est peint dans un lettrage géométrique les mots ACCEPT BABY en orange séparé par un trait biseauté. Cette œuvre a commencé à nous obséder. Fallait-il accepter de faire des bébés ? Accepter de redevenir un bébé ? Elle nous a amenés à construire une théorie de la régression. Nous en avons fait une exposition. L’artiste nous a révélé par la suite qu’elle faisait référence au groupe de hard rock allemand Accept, auteur de «Teutonic Terror».

SAA: Racontez-nous en quoi une institution, un livre ou un/e artiste ont été récemment une inspiration pour vous?

SM&NB: Nous élaborons en ce moment une exposition concernée par l’histoire de la psychanalyse. Nous sommes intrigués par une structure d’antipsychiatrie installée à Lausanne baptisée «Le Chiffre de la Parole» qui accueille des personnes souffrant de troubles psychiques sans les médicaliser. Cette structure s’appuie sur les ressources, notamment artistiques, des personnes qu’elle accueille, et rend caduques des définitions telles que «art-thérapie», «art brut», ou «art». Cette structure et son fonctionnement nous intéresse, parce qu’elle nous confronte à nos propres limites quand il s’agit d’envisager un champ transversal qui réarticule l’art dans un espace interdisciplinaire plus large.