collectif_fact

Dans les installations et les oeuvres vidéos de collectif_fact, constitué d’Annelore Schneider et de Claude Piguet, un bâtiment ou un site historique tiennent souvent le rôle principal au sein d’un travail engagé dans la déconstruction des codes cinématographiques. «A Land fit for Heroes», «The Fixer» ou «At Loss for Words» sont autant de titres qui aspirent les spectateurs dans un récit fragmenté, souvent lové dans un site particulier ou étrange. En opérant par soustraction et déplacement de techniques narratives, collectif_fact explore les limites de la possibilité du récit.

Le travail ludique de collectif_fact, incluant toute une gamme de références à l’histoire du cinéma, encourage à une réflexion critique sur les habitudes qui conditionnent nos perceptions de la réalité. Le travail de collectif_fact a été présenté en Europe et dans le monde entier. Ils ont reçu de nombreux prix, dont récemment le Grand Prix de l’Eurovideo 2018 pour «Aucun mur n’est silencieux».

SAA: Pouvez-vous nous raconter quelque chose à propos de l’oeuvre que vous allez présenter aux Swiss Art Awards 2018?

Collectif-fact: Il s’agit d’un parcours filmé dans une ancienne banque à Genève. Le bâtiment tient le premier rôle. Des voix de professionnels ayant un regard singulier sur l’architecture nous incitent à observer ce lieu différemment. Le spectateur tente alors de résoudre une énigme spatiale que seul celui qui veut entrer quelque part sans y être invité perçoit.

SAA: De quel champ viendrait le ou la spécialiste avec qui vous aimeriez collaborer, pour quel sorte de projet?

Collectif_fact: Pour «Aucun mur n’est silencieux», que nous allons présenter aux Swiss Art Awards, nous avons collaboré avec des spécialistes de différents champs: Un inspecteur de police de la brigade des cambriolages, un concepteur de jeu vidéo, un géobiologue (spécialiste en biomagnétisme et radiesthésie), une spécialiste en architecture moderne, et le responsable technique du bâtiment dans lequel nous avons tourné les images. Nous étions intéressés à approcher des personnes qui par leurs professions ont un regard singulier sur l’architecture. Des personnes qui pourraient nous faire remarquer des détails architecturaux parfois insignifiants et dissimulés. En particulier, des professionnels qui observent un lieu pour découvrir les vulnérabilités, les «mésusages» de l’architecture. Le bâtiment devient alors un gigantesque puzzle, un casse-tête, une sorte de jeu intellectuel à résoudre.

SAA: Y-a-t’il un lieu (en Suisse ou ailleurs) qui inspire votre travail?

Collectif_fact: Pour ce projet en particulier, nous avons été inspirés par le lieu de tournage : le bâtiment Elna à Genève. Il fut construit en 1956 par l’architecte Georges Addor comme vitrine pour l’entreprise Tavaro, producteur des machines à coudre Elna. Le lieu fut ensuite réaffecté par la banque Bénédict Hentsch et il accueille aujourd’hui la Haute école d’art et de design. Ce bâtiment, classé au patrimoine genevois, constitue l’un des plus beaux emblèmes de l’architecture moderniste et rationaliste du canton.

SAA: Quelles traces voulez-vous laisser?

Collectif_fact: Peut-être que la prochaine fois que vous entrerez dans un bâtiment, pendant un bref instant, vous vous demanderez comment traverser celui-ci autrement. Vous imaginerez emprunter la cage d’ascenseur ou le système de ventilation. Vous envisagerez la destruction d’un mur comme dans un jeu vidéo, ou simplement de le traverser en homme invisible. Vous observerez les escaliers de service, où sont les locaux techniques et les prises faciles d’accès. Vous aussi, vous essayerez peut-être de résoudre cette intrigue spatiale, de percevoir une architecture à la fois concrète et invisible, d’imaginer pouvoir la détourner.